Les oeuvres d’AdSM explorent l’organicité du monde : sa réfraction et son gonflement, la dynamique des solides et des fluides, les forces concentriques de la pesanteur et celles, excentriques, de l’arrachement. Tout cela permet aux peintures d’acquérir un corps, une chair, une histoire. La matière du tableau semble alors mener une vie propre : l’action du pinceau et du doigt est accompagnée d’un creux, d’un effacement du sujet percevant attentif à
la manière dont les choses se font, apparaissent, surgissent, s’évanouissent. La couleur est acceptée dans son vieillissement et ses mutations, ses transformations considérées comme productives de leurs propres effets.

La matière peut être diluée, délayée, sous la forme de l’excroissance et de l’épanchement en sollicitant un incessant passage de l’œil entre la fluidité des couches colorées qui se fondent les unes dans les autres comme dans un matériau mouvant. Dans une même peinture peuvent coexister des formes
en suspension, des zones aériennes ou aquatiques et des masses opaques qui retiennent, absorbent, tombent aussi. Eau, air, terre, ces Eléments du monde, déploient leur force dynamique en étant ni chose concrète ni visibilité abstraite mais un mode de sentir et une mémoire du monde. Leur présence dans l’espace du tableau se déploie sous le mode de la transcendance : appel à des régions affectives, ouverture sur des constellations dans lesquelles palpitent des souvenirs.

La matière peut aussi être condensée en un point ou formes plus strictement délimitées : concrétion de visibilité, cristallisation du temps. Le voisinage de surfaces de non-couleur ou d’espace vide et de surfaces de couleur nous installe non pas dans un spectacle perceptif, étalé devant nous, mais au cœur de structures visibles qui gravitent dans l’espace du tableau.
Cet investissement du lacunaire donne forme visible à ces perceptions marginales qui tapissent la conscience, aux membranes tout à la fois réelles, imaginaires et oniriques qui nous lient silencieusement au monde.

Elodie Guida - 2008
Critique d'art.

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La peinture d'Armelle de Sainte Marie est une tentative parfois douce,
parfois violente, d'arrachement.
Son point de vue est souvent suspendu au dessus, à cette distance aérienne qui rend toutes choses observées abstraites. Sa science des contours reforme néanmoins une géographie aussi trouble qu'inédite, car son propos est moins de recréer de nouveaux horizons que de s'affranchir de la pesanteur et de l'immuabilité des nôtres. Naissent ainsi des espaces organiques s'apparentant souvent à des vues cartographiques ou planisphériques.
Dans la plupart de ses tableaux, le rapport d'échelle a pour effet de satelliser le point de vue ; de cette manière le peintre nous transfère tout simplement dans l'espace.

Laurent Dejente - 2005
Artiste.

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La stratégie des strates

Par l'intitulé "transfert", Armelle de Sainte Marie entend un ensemble d'œuvres dont l'investissement du support s'est fait principalement par successives impressions de cartons pré-peints comme matrices originales et uniques.
La matrice ici non réemployable, se désintégrant dans sa compression sur la toile, telle une trace fugitive. Cette spatialité retravaillée au doigt et au pinceau se construit au plus proche de cet aléatoire, exaltant les césures, interstices, densités, inachèvements et transparences.
En ce processus d'essence non figurative, le peintre sonde les infinitudes : celle de la cartographie planisphérique et celle de la microscopique géographie du monde cellulaire et cristallin.

Pierre Le Nain - 2005
Université de La Cambre, Bruxelles.